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Je ne crois plus en l’éducation bienveillante

Alors aujourd’hui, je veux revenir sur ce concept d’éducation bienveillante.

Isabelle Filliozat, Karine Stoëckel, Clara Bellar.

Je reviens après plus d’un an sans post. Une année de plus d’ateliers bienveillances, de rencontres parentales et une nouvelle année sans école pour mes enfants. Et plus j’avance sur ce chemin du renouveau éducatif, moins je crois en l’éducation bienveillante. Car plus je renforce mes comportements bienveillants, plus je m’éloigne de tout concept d’éducation.

Bien sûre, j’avais déjà rencontré Jean-Pierre Lepri et son idée de la fin de l’éducation. Mais ce n’est qu’avec le temps, loin de l’école et de toute intention et à force d’un énorme travail de déconditionnement, de lâcher prise, d’apprentissage de la liberté et d’observation des apprentissages autonomes de mes enfants que je parviens à intégrer cette idée.

Et là, je comprends l’opposition de ces deux mots : « éducation » et « bienveillance ». Le premier implique une intention et une attente à l’égard de l’enfant. Le second implique une confiance et un amour inconditionnel. Et qui dit amour inconditionnel, dit absence d’intention. Donc qui dit bienveillance dit absence d’éducation.

J’entends certains hurler : « mais enfin, les enfants ne savent pas, il faut leur apprendre ceci et cela… Les enfants sont à la charge et responsabilité de leurs parents ! C’est le rôle des parents de les éduquer à la politesse, de leur donner le sens de l’effort pour qu’ils deviennent des adultes capables de s’intégrer dans la société, de fournir les efforts nécessaires à la pratique d’un travail pour gagner leur vie… »

D’autres croient encore à l’idée que le petit humain est un sauvage qu’il faut dresser… Ou j’entends parfois que notre société est comme elle est, alors le mieux est d’en maîtriser parfaitement les règles pour que nos enfants puissent tirer leur épingle du jeu…

Dans tous les cas, qui que nous soyons, quelque soit notre histoire et nos convictions, nous avons beaucoup de mal à envisager une relation adulte-enfant et plus encore, une relation parent-enfant, autrement que sous un angle éducatif. Nous avons beaucoup de prétextes pour cela : la responsabilité parentale, l’expérience, le devoir, et le pire : « C’est pour ton bien » ! Je laisse Alice Miller vous parler de cette terrible racine des violences envers les enfants.

Malheureusement, le constat est là : nous avons cette propension à nous positionner comme supérieur à l’enfant et nous permettons de le dominer.

Moi, cette domination me fait penser à ces hommes en Arabie Saoudite, qui n’arrivent pas à envisager qu’une femme puisse être libre. Pour eux, il est inconcevable qu’une femme puisse sortir seule de chez elle, conduire une voiture, voter, être responsable d’elle-même sans être sous tutelle d’un homme…

Est-ce vrai que les femmes ne sont pas capables ? C’est ce que de nombreuses femmes ont dit quand certaines ont voulu le droit de vote. Les femmes n’y entendent rien à la politique ; comment pourraient-elles voter ?

Aujourd’hui en France, la liberté des femmes paraît une évidence. Pourtant, combien d’années, combien de femmes ont dû se rebeller pour obtenir la liberté de porter un pantalon ou les cheveux courts, la liberté d’exercer le métier de leur choix, la liberté d’avoir ou pas un enfant, la liberté d’avoir son propre compte bancaire… Il y a quelques années en France, tout cela était inaccessible aux femmes. En ces temps là, si les femmes étaient instruites, c’était à cuisiner, tenir correctement une maison et s’occuper discrètement du bien-être de leur père puis époux. Un parfait conditionnement qui a amené certains à penser que cette organisation sociétale était un ordre naturel voire inné, lié à la différence biologique entre un homme et une femme. Il était dans l’ordre des choses qu’une femme obéisse au maître des lieux où elle vivait et cet homme avait un droit de correction.

Je trouve tout cela extrêmement injuste pour les femmes. Malheureusement, nous en sommes là pour les enfants. Ils doivent obéir au maître des lieux où ils vivent. S’ils sont instruits, c’est à ce que l’adulte a décidé qu’il était bon qu’il s’instruise. Et nous rationalisons cette organisation par des raisons biologiques d’incompétences liées à l’âge. Les enfants doivent répondre aux attentes de leurs parents qui ont un droit de correction.

Cette domination me fait aussi penser à ces hommes blancs, pour qui il était inconcevable qu’un « nègre » soit autonome… Ce ne sont que des sauvages… Ils ne savent rien faire… L’homme blanc était évidemment supérieur et le nègre se devait d’obéir et être au service du blanc. L’esclave le mieux traité était logé, nourrit, blanchit et éduqué, pour son bien, et en contrepartie, il devait exécuter un certain nombre de tâches dans la maison.

Je suis choquée quand j’entends encore des propos racistes. Malheureusement, aujourd’hui, les enfants en sont là : ils sont logés, nourrit, blanchit, ils sont éduqués et doivent exécuter un certain nombre de tâches qui leurs sont assignées par les adultes.

Alors oui, l’idée de la liberté des enfants peut choquer. Tout comme l’idée de la liberté des hommes noirs puis des femmes a choqué en son temps. Oui, l’idée que les enfants puissent être libres choque aujourd’hui. Et d’ailleurs qui sait ce qu’il advient des enfants libres ? Est-ce qu’il en existe seulement dans ce monde ?

Children are people too

Évidemment, je me documente énormément sur le sujet. Je peux vous citer les livres « La fin de l’éducation » de Jean-Pierre Lepri ; « Libres enfants de Summerhill » d’Alexander Neill ; « Les apprentissages autonomes » de John Holt ; « C’est pour ton bien » d’Alice Miller ; « Les enfants d’abord » de Christiane Rochefort ; « Comme des invitées de marque » de Léandre Bergeron ; le film documentaire et bientôt le livre « Etre et devenir » de Clara Bellar ; et tous les articles et témoignages des enfants issus du unschooling ou d’une école de type Sudbury où les enfants sont libres de leurs activités. Mais je ne vais pas développer ce sujet dans ce post.

Aujourd’hui, je veux juste partager avec vous ma nouvelle prise de conscience que « éducation » et « bienveillance » sont deux mots qui s’opposent et ne peuvent pas exister ensemble. Cette prise de conscience a engendré un malaise.

Me voilà mal à l’aise avec le nom de mon blog… J’hésite, je le ferme, je le garde… Et puis, je sais que tout est parti du désir d’éduquer mes enfants autrement. Et ce terme bienveillance a raisonné en moi. C’est cette idée qu’une éducation bienveillante est possible, qui m’a ouvert de nouvelles perspectives. Cette idée que je pouvais éduquer mes enfants autrement. Cette idée que je pouvais ne pas reproduire le model d’éducation « à l’ancienne » que j’avais reçue. Sans cette idée d’éducation bienveillante, je n’aurais pas avancé, j’aurais eu un sentiment d’enfermement. Si je ne fais pas comme mes parents, je fais comment pour gérer le quotidien ?

Grâce à l’idée qu’une éducation bienveillante est possible, j’ai avancé. J’ai appris les outils de communication bienveillante. J’ai appris à poser mes limites dans le respect de l’autre. J’ai appris à ne plus avoir peur des conflits, ni de mes émotions car je savais comment les gérer pour vivre en paix dans mon quotidien.

Maintenant, je vais conserver ce blog avec son intitulé : education-bienveillante.fr. Car je pense que la notion d’éducation bienveillante est une véritable porte de sortie des violences éducatives.

Je vais donc continuer de partager comment il est possible d’introduire les outils de communication bienveillante, même pour les personnes convaincues qu’il faut éduquer les enfants. Je veux offrir à ceux qui le souhaitent les solutions et outils de communication qui permettent le respect, la conscience, la paix et la liberté d’être.

Ce blog s’adresse à tous ceux qui se posent des questions sur leur relation avec les enfants. Je partage ici mes questionnements, découvertes et prises de conscience. Je veux ce blog comme un soutien à tous les parents fatigués de crier, tous les adultes dont l’enfant intérieur hurle ses blessures d’enfance, tous les enfants qui cherchent à vivre libres et respectés.

Je pense qu’il est un enjeu majeur que les enfants accèdent à la liberté. Je me réjouis de lire et rencontrer de nombreuses personnes à avoir aussi cette prise de conscience. La société, les mœurs, l’humain continuent leur évolution. Un jour, il semblera évident que les enfants aussi ont droit à la liberté, égalité, fraternité. Un jour, les enfants seront écoutés. Ils auront le droit d’être et de faire ce qu’ils ont décidé, quand ils l’auront décidé, dans la confiance et le respect des autres humains de tous les âges ; tout comme il devrait être évident, partout dans le monde, qu’une femme soit libre de vivre la vie qu’elle décide.

Je ne crois plus en l’éducation bienveillante car je ne crois plus en l’éducation qui se traduit par une domination de l’adulte sur l’enfant via une quelconque pédagogie manipulatoire. Je crois en la bienveillance, l’empathie, le respect mutuel et la paix. Je crois en la liberté d’être de chacun, quelque soit sa couleur, sa culture, son sexe, ses capacités motrices ou cognitives. Je crois en notre pluralité, notre complémentarité, notre solidarité. Je crois en notre humanité.

Avec bienveillance,

Karine

Les compliments sont-ils bienveillants ?

Alors aujourd’hui, je veux revenir sur le comportement piège dans lequel je suis tombée quand j’ai commencé à être bienveillante avec mes enfants : le compliment.

bravo

J’ai voulu offrir à mes enfants ce qui m’a tellement manqué : de la reconnaissance, de la confiance en soi, de l’estime de soi. Et me voilà avec des « bravo ! », « oh quel beau dessin ! », « tu es beau, merveilleux, fort, intelligent… ! » et j’en passe…

Convaincue que grâce à ces compliments, mon enfant va se sentir fort, intelligent et naturellement développer son estime de soi et confiance en soi qui vont réduire au minimum ce fameux besoin de reconnaissance !

Alors quand je lis dans « Parents efficaces » de Thomas Gordon que le compliment est un comportement nocif, je ne comprends pas… Jusqu’au jour où j’accepte de remarquer que dès que mon fils fait quelque chose, il me demande : « c’est bien (ou beau) maman ? ».

Là, j’ai commencé à comprendre… En lui donnant un compliment, je me suis positionnée comme juge. C’est moi qui décide ce qui est bien ou mal. Je l’ai totalement déconnecté de son ressenti, son opinion, sa vision.

En plus, je lui ai envoyé le message que son point de vue ne m’intéresse pas et je nie que « tous les goûts sont dans la nature ». En voyant sa mine toute fière me montrer son dessin, je n’ai pas su accueillir son émotion à lui. Je lui ai imposé mon opinion.

 

Pour mon aîné, mes compliments ont eu l’effet inverse de ce que je souhaitais ! Il est devenu « accroc » au compliment. C’est comme une drogue ce truc. Totalement déconnecté de lui, incapable de s’apporter sa propre reconnaissance, il me demandait de plus en plus « maman, c’est bien ? ». J’étais en train de le rendre totalement dépendant d’une reconnaissance extérieure, tout le contraire de ce que je voulais !

Pour mon cadet, mon intervention en version compliment avait l’effet d’une douche froide. Il me regardait comme une folle. Au début j’ai interprété son regard comme une surprise parce que je le dérangeais. C’est vrai qu’il ne m’avait rien demandé.

Et puis un jour, avec son regard franc, droit dans les yeux, il me dit : « tu trouves ça beau ? Mais c’est nul, il est raté mon dessin ! » Et là je comprends qu’en fait, je n’ai aucune crédibilité dans mes propos. Il est tout à fait capable de savoir si ce qu’il fait lui convient ou pas et mes compliments étaient ridicules quand lui, n’appréciait pas ce qu’il avait fait.

 

Donc à force de compliments, j’avais rendu mon aîné « accroc » et j’avais perdu toute crédibilité aux yeux de mon cadet.

 

Autant, j’ai vite réussi à ne plus intervenir quand personne ne m’avait rien demandé, autant je me suis trouvée fort embêtée quand ils venaient me demander : « maman, c’est bien, c’est beau, tu aimes ? »

J’ai commencé par répondre : « moi, personnellement, j’aime bien… ou je n’aime pas trop ». Je voulais être authentique. Et puis, je rajoutais : « et toi, qu’en penses tu ? Tu aimes ce que tu as fait ? Car, c’est le plus important que toi tu sois fière de toi ! ».

Bon c’était un premier pas pour les connecter à eux mais je voyais bien à leur tête que ce n’était pas encore ça la réponse attendue… Et puis, j’ai lu qu’à la place d’un compliment, c’était mieux de décrire. Sans oublier d’accueillir l’émotion !

Alors, à la question : « maman, c’est bien, beau, tu aimes ? », j’ai commencé à répondre : « je vois que tu as mis beaucoup de couleurs et ton dessin prend toute la page. Ici, il a des courbes, là des spirales, cela me fait penser à un escargot, moi j’aime beaucoup les couleurs vives, j’aime regarder ton dessin. Et puis, je vois ton sourire sur tes lèvres, je me dis que tu es fier de toi, c’est cela ? » Ou alors : « je ne te sens pas satisfait, peut-être aurais tu aimé faire autrement, veux tu recommencer ? ».

Et là bingo !!! Mes enfants m’écoutaient. Il répétaient le descriptif et commençaient à mettre en mots ce qu’ils trouvaient bien dans leur dessin ou moins bien. Et aussi exprimer leur satisfaction ou insatisfaction face à leur œuvre. Ils étaient connectés à eux.

Au fil du temps, la fameuse question « maman, c’est bien, beau, tu aimes ? » a disparue. Elle a été remplacée par : « maman, j’ai tout raté, je suis triste. » ou « regarde maman, je suis fier de moi ! Et puis, j’ai mis plein de couleurs, et j’ai fais … ».

 

Depuis que je suis sortie des compliments, mes enfants développent leur estime de soi et confiance en soi. Ils sont capables de s’apporter leur propre reconnaissance. Maintenant, c’est moi qui apprend d’eux comment sortir de mon besoin de reconnaissance 😉

 

Je sais que les compliments sont un piège quand on veut être bienveillant. Il n’est pas facile de voir ce qu’il y a de nocif dans un compliment. Vous êtes nombreux à m’en avoir fait la remarque dans vos retours sur les fiches pratiques à télécharger. J’espère avec cet article avoir apporté un éclairage supplémentaire via ma propre histoire.

Avec bienveillance,

Karine

Prochaines dates des ateliers ressources

Alors aujourd’hui, je vous informe que tous les mois, j’anime des ateliers d’éducation bienveillante. Ils sont en participation financière libre à Maisons-Alfort (94) pour que le plus grand nombre puisse bénéficier des outils que j’ai découvert et qui fonctionnent chez nous !

groupe de discussion

Tous les détails des ateliers ICI.

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