De la VEO à l’éducation bienveillante

Alors aujourd’hui, je veux revenir sur la VEO et la difficulté, d’une part de la reconnaître et d’autre part d’en sortir.

VEO, trois lettres pour Violence Educative Ordinaire.

VEO

 

Qu’est-ce que c’est exactement cette VEO ?

La VEO n’est pas la maltraitance qui concerne les enfants battus et n’a pas un but éducatif ; alors que la VEO se veut instructive.

Parents et enseignants utilisent claques, cris, menaces, chantage, comparaisons et toutes formes de pressions psychologiques parce qu’ils sont convaincus que c’est le seul moyen d’obtenir ce qu’ils pensent être « bien » pour l’enfant.

En France et dans le monde, nous sommes une grande majorité à avoir subi ces méthodes éducatives basées sur la peur, la douleur et la contrainte.

Certaines personnes (dont mes parents) font de la VEO leur référence éducative et la reproduisent. Ces victimes de l’éducation bien-pensante se sont persuadées que les punitions reçues étaient bien méritées. Ils la banalisent ou la minimisent et peuvent dire :
« une petite claque n’a jamais tué personne et ça remet les idées en place ! » ou « mes parents étaient sévères mais c’est grâce à eux que j’ai réussi dans ma vie ! » ou encore « j’ai déjà reçu une gifle mais je l’avais vraiment cherchée ! »…

D’autres personnes (dont je fais parti et certainement vous aussi qui suivez mon blog !) reconnaissent les souffrances infantiles liées à l’usage de la VEO, et constatent les conséquences de la VEO dans de nombreuses « névroses » des adultes. Le non-respect et l’agressivité des enfants vient du fait qu’eux-mêmes ne sont pas respectés. L’humain est fondamentalement sociable et finalement, la violence du monde vient du fait que l’éducation, partout dans le monde, est violente avec les enfants…

 

Pourquoi en France, nous sommes encore dans le déni de la VEO ?

 

« Il n’est pas question de culpabiliser ceux qui ont pratiqué ou qui pratiquent encore la VEO. La plupart du temps, ils agissent par méconnaissance ou par simples répétitions de comportements intégrés dans l’enfance.

Les parents aiment leurs enfants et s’ils en avaient les outils, ils feraient autrement. Pour sortir du déni collectif, il faut commencer par identifier cette VEO. Il faut que nous renoncions à la partie protectrice du déni. Elle ne nous mène nulle part. Elle est délétère pour nous et nos générations futures. »

Extrait de « Le déni et la loyauté familiale, conséquences de la violence éducative ordinaire (VEO) : une arme à double tranchant. » Du Dr. Cornelia Gauthier. http://www.formation-emotions.ch/pdf/le_deni_et_la_loyaute_familiale_du_a_la_violence_educative_ordinaire.pdf

Reconnaître la VEO consiste à reconnaître que nos parents nous ont fait du mal. Mais nos parents n’ont jamais voulus nous faire de mal, au contraire ! Et nous avons besoin de savoir que nos parents nous aiment, alors nier la VEO apparaît comme un réflexe protecteur.

Le lien étroit entre l’amour que les parents ont pour leurs enfants et l’utilisation de la VEO dans un but éducatif explique le besoin du déni et la difficulté à faire évoluer les pratiques.

 

Comment faire reconnaître la VEO ?

 

Dans la reconnaissance des violences humaines, il y a un « trou noir » au sujet des violences éducatives : http://www.oveo.org/fichiers/DiaporamaMaurel.pdf

Mais une fois que nous avons pris conscience de l’aberration de ce model éducatif « à l’ancienne », nous voulons faire réagir les personnes encore dans le déni des douleurs ressenties enfants, dans le déni de la gravité des conséquences de normaliser la VEO.

Personnellement, j’ai eu le « déclic » mais je ne sais pas comment le provoquer chez mes parents. Quand je leur exprime la nocivité de leurs menaces, chantages, ton de voix agressif, autoritarisme par la peur, ils rient et se moquent de mon exagération. Quand je leur parle du sens inné de l’humain pour coopérer et apprendre, ils rejettent cette idée au profit de la contrainte pour enseigner le sens de l’effort. Si je leur parle des douleurs de mon enfance, ils expliquent mes souffrances par un problème d’hypersensibilité qui me serait propre… Rien n’y fait, ils sont dans le déni ! Dans l’avenir, je trouverai certainement mes réponses…

 

Pour le moment, une solution collective proposée pour faire reconnaître la VEO serait de passer par une loi. Cette voie politique a déjà fait ses preuves en Suède. La maltraitance grave envers les enfants à été grandement réduite, le taux de délinquance est en chute libre et les prisons se vident.

Pour diffuser l’information de cette loi, des extraits étaient inscrits sur les packs de lait. Toute la famille pouvait les lire encore et encore. La loi a été accompagnée d’une série de mesure d’accompagnement à la parentalité. L’objectif de la loi n’était pas de « punir » mais de pousser à s’informer et se former aux outils et habilités d’une éducation bienveillante.

Aujourd’hui, 35 ans plus tard, c’est une réussite. Voici ce que raconte une Suédoise qui vit en France depuis peu : « En Suède on travaille pour réduire les violences que subissent les enfants. Personne ne prône frapper l’enfant, donner des fessées, gifles, ou autre. On ne parle même pas de ça dans un contexte éducatif. Jamais. Uniquement dans un contexte de maltraitance. La plupart de parents suédois aujourd’hui ont pratiquement oublié qu’il existait un temps où on donnait des fessées aux enfants. A tel point que je ne savais pas que ça se faisait encore en France, j’ai été stupéfaite de le découvrir. »

 

Sans attendre une loi, nous pouvons agir au quotidien en diffusant l’information, chacun à notre niveau. D’autant qu’aujourd’hui, les neurosciences sont au service de la bienveillance !

Dans ses conférences, Catherine Gueguen montre tout ce qui se passe dans le cerveau d’un enfant chaque fois qu’il est puni, menacé, qu’il subi une violence verbale ou physique.

https://youtu.be/3H5f7pakW8Y

Les neurosciences affectives existent depuis 15 ans et démontrent les conséquences de l’éducation sur les neurones, molécules cérébrales, circuits cérébraux, structures cérébrales et même les gènes. Selon notre attitude envers l’enfant, son cerveau est modifié en profondeur.

Quand on est durs, rigides, qu’on dit à un enfant qu’il est capricieux, qu’il fait la comédie, qu’il est nul, qu’on lui donne des tapes, gifles ou fessées, l’hippocampe de son cerveau rétrécie. L’enfant ne peut pas mémoriser et a des difficultés à apprendre.

Quand on stresse un enfant, il sécrète beaucoup d’adrénaline et de cortisol qui devient toxique et détruit des neurones dans l’hippocampe et le cortex préfrontal.

Quand on humilie verbalement ou physiquement un enfant, son circuit cérébral est complètement modifié et engendre des troubles du comportement, troubles de la personnalité, troubles dissociatif. L’enfant devient anxieux, déprimé, agressif, et peut développer des addictions à la drogue et l’alcool.

Quand on se plaint qu’il y a trop d’enfants agressifs, qui traînent, pas motivés, ni coopératifs, c’est à cause de cette éducation faites de violences ! Quand on est agressif, l’enfant devient agressif, quand on est empathique, l’enfant devient empathique.

 

Les neurosciences ont démontré qu’un enfant ne peut pas gérer ses émotions parce que son cerveau n’est pas mature. Il faut 25 ans à un cerveau humain pour devenir mature. Les enfants ont des tempêtes émotionnelles bien réelles, ils ne font pas exprès.

Quand on est empathique, bienveillant, soutenant, on permet au cerveau affectif et intellectuel de se développer vers son plein potentiel humain.

Tout petit d’Homme nait avec le potentiel de devenir pleinement humain : avoir de l’empathie, ressentir et gérer ses émotions, savoir faire des choix et s’instruire pour avoir la vie qui lui convient, pouvoir aimer, coopérer, avoir un sens moral et éthique.

Quand on met des mots sur les émotions, que notre ton de voix et notre regard sont soutenant et chaleureux, l’enfant est apaisé, il fabrique des neurones, sécrète de l’ocytocine, de la dopamine. Le volume de l’hippocampe augmente et permet une bonne mémorisation. Les hormones créent bien être et plaisir à vivre qui motive et rend créatif.

Quand on est empathique, bienveillant, soutenant, qu’on offre une relation satisfaisante à l’enfant, son cerveau se développe, il est curieux, enthousiaste, empathique, il aime coopérer, entreprendre, il est créatif et devient un adulte épanouis.

 

De la VEO à l’éducation bienveillante

 

La majorité des parents actuels ont reçu une éducation emprunte de violences plus ou moins importantes : cris, menaces, chantages, punitions, claques, gifles, fessées, …

Nous sommes nombreux à avoir eut le « déclic » et faire le lien entre nos « névroses » d’adultes et cette éducation. Par amour pour nos enfants, nous ne voulons surtout pas reproduire cette méthode éducative.

Il est arrivé à des parents de déplorer la rengaine des experts sur le besoin qu’ont les enfants de recevoir amour, sécurité, fermeté, amour, flexibilité,… Nous pouvions être sincèrement convaincus qu’avec notre bon sens, notre instinct naturel nous pourrions toujours avoir la situation bien en main.

Mais voilà, est arrivé le jour où nous nous sommes entendu crier, où nous nous sommes vu bousculer, brutaliser, où nous avons senti une telle émotion en nous que toutes nos promesses de ne jamais reproduire ce que nous avions reçu a volé en éclat !

Nous sommes nombreux à avoir à cœur d’apprendre les outils de l’éducation bienveillante : écoute active (j’accueille les sentiments négatifs de mes enfants), authenticité (messages « je »), médiation coopérative (résolution des problèmes et conflits gagnant-gagnant).

Et parfois, nous nous sentons démunis. Personnellement, j’avais beau avoir lu Faber et Mazlish, Thomas Gordon, Isabelle Filliozat et d’autres, j’étais encore loin de la maman bienveillante que je voulais être !

J’ai compris que pour devenir cohérente entre mes valeurs humanistes et ma méthode éducative, je devais déconditionner mes réflexes nocifs pour conditionner les réflexes de la bienveillance.

Et pour nous comme pour nos enfants, nous avons besoin d’ocytocine et de dopamine pour exprimer tout notre potentiel humain ! Nous avons besoin de vider notre réservoir émotionnel. Nous avons besoin de relations satisfaisantes. Nous avons besoin que nos sentiments soient accueillis sans jugement, sans critique et avec bienveillance.

Pour cela, les groupes de paroles et formations à la parentalité bienveillante sont les solutions idéales. Je crois avoir compris qu’en Suède comme au Canada, les personnes qui ont développé le plus efficacement leurs habilités à l’éducation bienveillante, ont participé pendant des années à un groupe de parentalité en commençant par une fréquence d’une réunion par semaine pendant plus de 2 ans !

Tout comme un pédopsychiatre ou un psychologue, les rendez-vous d’éducation bienveillantes permettent un travail en profondeur pour atteindre son objectif de cohérence entre valeurs humanistes et méthode éducative.

 

Voilà donc les 7 clés pour passer de la VEO à l’éducation bienveillante, il faut :

  1. de la CONNAISSANCE du potentiel coopératif et entreprenant du cerveau humain,
  2. de la LUCIDITÉ pour reconnaître chaque geste et parole de violence éducative,
  3. de la CONSCIENCE de ses véritables besoins personnels,
  4. de la VOLONTÉ pour sortir des réflexes violents hérités,
  5. de la RÉPÉTITION pour intégrer les outils et habilités d’une éducation bienveillante,
  6. de la TÉNACITÉ pour ne rien lâcher lors des moments difficiles du quotidien,
  7. du SOUTIEN pour éviter la culpabilité, pour produire les hormones de bien-être et réfléchir en groupe à certaines problématiques !

 

Avec bienveillance,

Karine

3 réflexions sur “ De la VEO à l’éducation bienveillante ”

  1. Chère Karine,

    Merci infiniment pour cet article magnifique. Nous sommes en pleine réalisation d’un travail de recherche dans le cadre de l’université souhaitant démontrer l’importance essentielle de la gestion des émotions à l’école (et la bienveillance, le bien-être etc. et tous ces merveilleux concepts que nos coeurs et les neurosciences nous disent)

    Nous aimerions beaucoup utiliser votre article comme référence mais nous nous demandons quelles vont sources (si ce n’est pas vous-mêmes qui l’avez écrit) , notamment pour le passage suivant :

    « Les neurosciences ont démontré qu’un enfant ne peut pas gérer ses émotions parce que son cerveau n’est pas mature. Il faut 25 ans à un cerveau humain pour devenir mature. Les enfants ont des tempêtes émotionnelles bien réelles, ils ne font pas exprès.

    Quand on est empathique, bienveillant, soutenant, on permet au cerveau affectif et intellectuel de se développer vers son plein potentiel humain.

    Tout petit d’Homme nait avec le potentiel de devenir pleinement humain : avoir de l’empathie, ressentir et gérer ses émotions, savoir faire des choix et s’instruire pour avoir la vie qui lui convient, pouvoir aimer, coopérer, avoir un sens moral et éthique.

    Quand on met des mots sur les émotions, que notre ton de voix et notre regard sont soutenant et chaleureux, l’enfant est apaisé, il fabrique des neurones, sécrète de l’ocytocine, de la dopamine. Le volume de l’hippocampe augmente et permet une bonne mémorisation. Les hormones créent bien être et plaisir à vivre qui motive et rend créatif.

    Quand on est empathique, bienveillant, soutenant, qu’on offre une relation satisfaisante à l’enfant, son cerveau se développe, il est curieux, enthousiaste, empathique, il aime coopérer, entreprendre, il est créatif et devient un adulte épanouis. »

    Nous vous réjouissons d’une réponse de votre part !! Et merci beaucoup pour ce site, c’est génial !

    Sylvain & Alex

  2. C’est un bel article renfermant plusieurs idées éducatives. Mais le plus extra c’est votre méthode d’affirmer que la bienveillance et l’amour font la réussite de nos enfants. La peur et la contrainte redirige vers une idée mais par peur négatif, n’est pas par la volonté de réussir. C’est pour cela que le véritable amour et la bienveillance seul qui pourrait éduquer les enfants.

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