2- Pourquoi en parler ?

2.1- Origines des comportements difficiles des enfants,
2.2- Violences banalisées : les violences éducatives ordinaires,
2.3- Ces enfants qui dérangent les adultes.

 

2.1- Origine des comportements difficiles des enfants

Quand un enfant exprime son problème :

Arreter les degats

Si je :

–          Commande,

–          Menace,

–          Moralise,

–          Juge,

–          Ridiculise,

–          Esquive,

–          Conseille,

–          Explique,

–          Psychanalyse,

–          Questionne,

–          Rassure,

–          Complimente.

 

Alors l’enfant comprend :

  • Je n’acceptes pas tes sentiments.
  • Tes opinions et valeurs ne sont pas valables.
  • Je veux que tu changes.
  • Je n’ai pas confiance en ta capacité à régler ce problème.
  • C’est de ta faute.

Ces réactions sont nocives pour la relation et le développement de l’enfant qui :

  • A un sentiment d’infériorité,
  • Se sens frustré, pas compris,
  • Se renferme,
  • Se défend,
  • A de la colère.

Complimenter est aussi une réaction nocive :

L’enfant peut développer une « addiction » au compliment, du coup, en l’absence de compliment, l’enfant interprète la situation comme un désaveux. L’adulte est devenu le référent, l’enfant ne développe pas sa motivation, son auto-détermination.

Ou alors, l’enfant se met une pression énorme pour être toujours digne du compliment.

Ou encore, il peut perdre confiance en celui qui le complimente s’il n’est pas d’accord avec ce compliment. Par exemple : « il est beau ton dessin » alors que l’enfant sait qu’il a fait un vague gribouillage et qu’il peut faire mieux.

Le compliment est souvent un piège dans l’éducation bienveillante.

 

Exemple 1 : « Ça ne sert à rien d’aller à l’école, je n’y apprend rien d’intéressant. Je ne veux plus y aller. »

  • Commander : « tu iras à l’école »,
  • Menacer : « si tu ne vas pas à l’école, tu seras privé de… »,
  • Moraliser : « dans le monde, il est des enfants qui rêvent d’aller à l’école… »,
  • Juger : « c’est mal de ne plus aller à l’école »,
  • Ridiculiser : « tu ne comprends vraiment rien ! »
  • Esquiver : « au fait, comment va ton copain… ? »
  • Conseiller : « tu ferais mieux d’y aller si tu veux réussir dans la vie »,
  • Expliquer : « c’est important l’école, cela t’apporte… »,
  • Psychanalyser : « tu n’aimes pas l’école car tu as peur de l’échec… »
  • Questionner : « pourquoi n’y apprends tu rien ? »
  • Rassurer : « ne t’inquiète pas, tu finiras par y trouver ton intérêt »
  • Complimenter : « bravo, je suis bien d’accord avec toi ! »

Exemple 2 : « Je ne sais pas ce que j’ai fait de mal, Julie était mon amie et maintenant elle ne m’aime plus. Elle ne vient plus jouer ici et quand je vais chez elle, elle est toujours avec Louise. Elles jouent ensemble et moi je reste plantée là toute seule. Je les déteste toute les 2 ! »

  • Commander : « ne vas plus chez Julie »,
  • Menacer : « si tu te plains tout le temps, je ne te laisserai plus aller chez tes copines »,
  • Moraliser : « tu ne devrais pas les détester… »,
  • Juger : « tu râles mais…  »,
  • Ridiculiser : « t’es vraiment nulle pour te faire des amies ! »
  • Esquiver : « au fait, demain tu vas voir Lucie ? »
  • Conseiller : « tu ferais mieux de te trouver une autre copine »,
  • Expliquer : « tu sais, elles attendaient peut-être que tu jouent avec elles au lieu de tester plantée… »,
  • Psychanalyser : « tu n’aimes pas que Julie ai une autre amie que toi, tu es exclusives… »
  • Questionner : « pourquoi tu ne t’ais pas joint à elles pour jouer ensemble ? »
  • Rassurer : « ne t’inquiète pas, ça finira par s’arranger »
  • Complimenter : « t’as bien raison, ce ne sont pas de vraies amies ! »

A la place de ces réactions nocives, vous trouverez les solutions bienveillantes dans le chapitre 3 – Comment faire ?

 

Quand j’exprime mon problème à l’enfant :

Arreter les degats 2

Si je :

–          Commande,

–          Menace,

–          Moralise,

–          Juge,

–          Ridiculise,

–          Conseille,

–          Explique, argumente,

–          Psychanalyse.

 

Alors l’enfant comprend :

  • Tu le fais exprès pour m’énerver.
  • Je n’ai pas confiance en ta capacité à changer ce comportement.
  • Tu es nul.
  • Je ne t’aime pas.

Ces réactions sont nocives pour la relation et le développement de l’enfant qui :

  • Se replie sur soi,
  • Se révolte,
  • Développe de la résistance.

Exemple 1 : Je suis fatiguée après une longue journée de travail et je veux me reposer quelques minutes en lisant. Mais mon fils de 5 ans me tire le bras, monte sur mes genoux et insiste pour que je joue avec lui. C’est pourtant la dernière chose que j’ai envie de faire !

  • Commander : « arrête ça tout de suite ! Va jouer ailleurs ! »,
  • Menacer : « si tu ne me laisses pas tranquille, je vais… »,
  • Moraliser : « un enfant doit comprendre que ses parents… »,
  • Juger : « c’est mal d’embêter les adultes. »,
  • Ridiculiser : « t’es vraiment qu’un petit bébé capricieux »
  • Conseiller : « je te conseille d’adopter un autre comportement…»,
  • Expliquer : « c’est important de me laisser me reposer, j’ai travaillé dur au bureau… »,
  • Psychanalyser : « tu cherches à attirer mon attention car… »

Exemple 2 : Votre enfant revient de l’école, se prend un goûter et laisse la cuisine en désordre alors que vous venez de passer une heure à tout nettoyer.

  • Commander : « reviens tout de suite nettoyer la cuisine ! »,
  • Menacer : « si tu ne nettoies pas la cuisine, je vais… »,
  • Moraliser : «ce n’est pas respectueux de laisser la cuisine dans cet état… »
  • Juger : « tu es dégoutant ! »,
  • Ridiculiser : « hey le crado, viens laver tes saletés ! »
  • Conseiller : « nettoyer derrière soi est une habitude à acquérir pour…»,
  • Expliquer : «tu dois comprendre que la cuisine doit rester propre, c’est une question d’hygiène…»,
  • Psychanalyser : « tu es tellement pressé d’aller jouer que tu as tout laissé en désordre … »

A la place de ces réactions nocives, vous trouverez les solutions bienveillantes dans le chapitre 3 – Comment faire ?

 

Quand je suis en conflit avec un enfant :

arreter les degats 3 Si j’impose ma solution, je passe du temps à vérifier, répéter, harceler et l’enfant n’est pas motivé, ni ne développe son sens des responsabilités.

Si je fais passer les besoins de l’enfant avant les miens, je n’apprécie plus le temps passé avec cet enfant exigent qui apprend que ses besoins sont plus importants que ceux des autres, devient individualiste, égoïste et il sent que les autres ne l’aiment pas.

Ces réactions sont guidées par la même croyance qu’en tant qu’adulte, je sais ce qui est bien et j’agis dans l’intérêt supérieur de l’enfant.

Commander, menacer, moraliser, juger et ridiculiser sont des violences ordinaires faites aux enfants. J’ai longtemps confondu ces comportements avec de l’autorité parentale alors que je me comportais en parent toxique.

Esquiver correspond à être ignoré, ce qui est aussi une violence. Même si parfois, c’est un réflexe acquis au moment de la petite enfance : détourner l’attention de l’enfant avait fait ses preuves quand il pleurait pour un jouet et qu’il s’arrêtait quand on lui en proposait un autre.

Conseiller, expliquer, psychanalyser, questionner et rassurer sont des réactions moins agressives. Quand je le fais, je souhaite sincèrement trouver le meilleur argument pour le convaincre d’agir tel que je le souhaite.

En fait, en pensant agir dans l’intérêt de l’enfant, je crains avoir empêché la construction de sa confiance en lui et lui avoir créée plus de névroses que je ne lui ai fait de bien.

A la place de ces réactions nocives, vous trouverez les solutions bienveillantes dans le chapitre 3 – Comment faire ?

 

Quand un enfant m’exprime son problème, quand j’exprime mon problème ou quand nous sommes en conflit, si je crois savoir ce qui est bien pour lui, alors, mes réactions peuvent être violentes ou maladroites mais surtout nocives pour le développement de l’enfant et pour la relation.

 

Pour aller plus loin :

  • « Parents efficaces, Les règles d’or de la communication entre parents et enfants », du Dr. Thomas Gordon aux éditions Marabout.
  • « Libres enfants de Summerhill », d’Alexender S. Neill.
  • Education-authentique.org

 

2.2- Violences banalisées : les violences éducatives ordinaires

Reconnaitre les violences

La violence se caractérise par l’exercice d’une force, physique ou psychologique, en vue de contraindre ou de blesser une personne.

Quand on parle de violence éducative, on pense aux histoires d’enfants battus, violés ou séquestrés. Aucun parent ne s’imagine être violent avec ses enfants. Pourtant, nombre d’adultes usent de la contrainte sous prétexte d’un objectif éducatif, pour le bien de l’enfant. C’est ainsi que les violences éducatives sont valorisées et ordinaires et c’est ainsi que j’ai violenté mes enfants.

La petite fessée, laisser pleurer un bébé, une tape sur la main, des pincements, tirages de cheveux ou d’oreilles, menaces, jugements dépréciatifs, tout le monde ne reconnait pas que ces comportements sont des violences éducatives.

Pourtant, ce qui est accepté dans une relation adulte-enfant, serait inacceptable dans une relation entre adultes. Il est encore fréquent d’entendre « une fessée n’a jamais tué personne ! » oui mais frapper, menacer ou juger, c’est banaliser la violence.

J’ai compris que quand l’adulte utilise la violence pour régler son conflit avec l’enfant, il valorise la « loi du plus fort » et lui apprend que la violence est le moyen normal de résoudre un conflit. Ce modèle affecte la représentation de soi, d’autrui et du monde.

La violence éducative ordinaire amène l’enfant à penser que lorsqu’il n’est pas d’accord avec une autre personne, il a deux possibilités en fonction de sa position de force avec l’autre : soit il peut la contraindre, soit il doit se soumettre.

Contraindre un enfant à respecter les adultes au détriment du respect de sa propre personne, engendre un stress. La contrainte étant une agression, le corps de l’enfant réagit par la production d’hormones, le préparant à fuir ou se défendre. Or, dans le cadre éducatif, un enfant est dans l’impossibilité de fuir ou se défendre. Alors, les hormones du stress deviennent toxiques. Elles attaquent le système digestif, les neurones de certaines parties du cerveau et peuvent affaiblir le système immunitaire. La santé de l’enfant est en péril.

Personnellement, j’ai eu des problèmes d’eczéma, ma sœur a développé un problème aux intestins, une amie a été constipée durant toute son enfance, une autre a été incontinente jusqu’à l’âge de 14 ans, une autre a développé de l’hyperphagie. Il y a tant d’exemples !

En France, la fessée relève du « droit de correction » napoléonien. Aujourd’hui encore, la majorité des français semblent contre une loi pour abolir tout châtiment corporel. Et il est encore fréquent d’assister à des scènes de violence éducative.

Souvent, la violence éducative subie fixe le niveau de tolérance à la violence. Comme on ne peut donner que ce que l’on a reçu, quand un enfant est violenté, devenu adulte, il violentera à son tour. Il lui faudra faire un travail énorme pour réussir à se sortir du cycle de la violence.

Le premier travail consiste à reconnaître cette violence éducative. Car l’enfant aime son parent. Aussi violent soit-il, l’enfant aimera son parent. Dans le cadre de ces violences ordinaires acceptées par la société, l’enfant, bien qu’il en souffre, se soumet et son cerveau apprend « la loi du plus fort ».

Combien d’adultes disent encore : « enfant, j’ai reçu une fessée bien méritée ! ». Un enfant n’a pas les moyens de se protéger contre cette violence, cela ajouté à l’amour et la dépendance qu’il a pour son parent font que le cerveau enfoui la souffrance dans la mémoire inconsciente.

L’adulte retient l’épisode violent associé à ce constat que ses parents l’aiment et n’ont jamais voulus lui faire de mal. Alors, il est sincèrement convaincu que la correction était méritée. D’autant que lui-même, devenu adulte, ne voit pas comment ses parents auraient pu gérer la situation autrement. Ici, enfant et adulte souffrent de ces violences car je ne connais aucun parent qui se réjouisse d’avoir ces comportements.

Reconnaître ces violences éducatives ordinaire, c’est refuser « la loi du plus fort ». Et c’est surtout montrer comment gérer les conflits dans la coopération, le respect mutuel et la bienveillance. C’est permettre au futur adulte d’ancrer un model de relation propice au respect de soi pour refuser de se soumettre par la force et favoriser la paix dans l’acceptation des différences.

Reconnaître les violences éducatives ordinaires, est un acte engagé de citoyen de la paix.

 

Pour aller plus loin :

Dossier spécial « La violence éducative ordinaire » du magazine Grandir Autrement (grandirautrement.com) numéro 45, mars – avril 2014.

Article « De la VEO à l’éducation bienveillante »

 

Remarques :

C’est parce que je fais cet énorme travail de reconnaissance des violences éducatives ordinaires, parce que j’ai conscience de la culpabilité et de la difficulté qu’il représente, que ce blog existe.

Tel le colibri (http://www.colibris-lemouvement.org/colibris/la-legende-du-colibri), je veux faire ma part en soutenant le plus grand nombre de personnes volontaires dans ce changement des comportements vers une éducation bienveillante.

Je suis française, mes enfants sont français et je ne veux plus me dire « Si j’aurais su… je serais né en suède ! » (http://www.youtube.com/watch?v=99Fa4IEKmzQ).

 

2.3- Ces enfants qui dérangent les adultes

Heureux ensemble3

 

Je me désole de voir combien les enfants dérangent les adultes.

Notre société et nos villes sont construites pour les adultes (valides ajouterais-je et je fais un clin d’œil à nos amis en situation de handicap). Les trottoirs, métros, restaurants, trains, sont difficilement accessibles en poussette. Et une fois l’accessibilité franchie, il y a le regard des autres.

Les enfants sont bruyants et curieux. Nombreux sont les adultes qui tiennent à leur tranquillité. Ils ne supportent pas ces enfants bruyants qui réclament, ne veulent pas dire bonjour, ces enfants qui s’opposent et s’affirment.

Notre société impose à l’enfant d’avoir le même comportement qu’un adulte. Seulement voilà, c’est un enfant. Et il ne va pas apprendre parce que l’adulte va lui répéter ce qu’il doit faire. Il va apprendre parce que son cerveau  évolue et devient capable d’imiter et de reproduire le modèle des adultes.

Je rêve d’une société où les adultes parviennent à accepter les enfants comme ils sont : bruyants et curieux. Une société où les adultes ne seraient plus agacés mais empathiques envers ces enfants qui ne comprennent pas toujours nos étranges réactions.

Je rêve d’une société où adultes et enfants vivent heureux ensemble.

 

SOMMAIRE :

1- Bienvenue.
2- Pourquoi en parler ?
3- Comment faire ?
4- J’adhère mais je galère !
5- Bienveillance commence par soi.
6- Bienveillance et apprentissages.
7- A propos de moi.

LIRE LES ARTICLES :

Alors aujourd’hui…